Marcel et Monsieur Pagnol
What The Prod - On Classics

Les producteurs nous détaillent ce biopic d'animation signé Sylvain Chomet, qui sortira dans deux ans.

Gros projet, grosses ambitions. Sylvain Chomet (L’Illusionniste, Les Triplettes de Belleville ou La vieille dame et les pigeons) reviendra prochainement sur grand écran avec Marcel et Monsieur Pagnol, un biopic d'animation qui retracera la vie folle de Marcel Pagnol, par le biais de sa rencontre avec son double enfantin. De la Provence à Paris, l’auteur, producteur et réalisateur a traversé un XXe siècle agité par les grands bouleversements de l’Histoire et l’évolution de l’industrie du cinéma. Les producteurs du projet, Aton Soumache (président et fondateur de On kids & family) et Ashargin Poiré (What The Prod), nous racontent la genèse et les aspirations de ce long-métrage à 15 millions d'euros.

Le biopic d'animation était votre première idée ?
Ashargin Poiré : Non, car au départ, nous voulions faire un documentaire innovant sur Marcel Pagnol, en racontant sa vie d'une manière vivante et moderne, à la première personne. Et il se trouve que Nicolas Pagnol, son petit-fils, voulait aussi faire un biopic. Je le connais bien puisque mon grand-père, Alain Poiré, avait racheté les studios Marcel Pagnol pour Gaumont, en 1942. Pagnol les a cédés car les Allemands voulaient le forcer à distribuer tous leurs films de propagande. Il était le plus gros distributeur de l'époque et employait deux cents personnes : il avait des studios de distribution, des plateaux de tournage, un laboratoire pour la pellicule... Le déclic de ce projet, c'est quand Nicolas Pagnol nous a conseillé de lire Confidences, une oeuvre autobiographique où Marcel raconte le moment où il monte à Paris. Son ambition était de devenir un grand auteur, mais il ne savait pas comment. Sur place, il a retrouvé des amis marseillais et a découvert la vie parisienne et le monde du théâtre. Et il est vite devenu évident que pour raconter sa vie, nous ne pouvions pas nous tourner vers la fiction en prises de vue réelles.

Parce que c'était potentiellement trop compliqué et peut-être un peu académique ?
Ashargin Poiré : Le côté académique ne me dérangeait pas plus que ça, mais il y avait la gageure de l'accent. Et ce qui nous embêtait le plus était de savoir qui allait jouer Raimu et Fernandel. Qui peut bien faire ça ? Quel comédien va jouer l'un des plus grands comédiens ?

Aton Soumache : On fait revivre des légendes, ce que le live n'aurait jamais pu faire. En prises de vues réelles, le casting serait impossible !

Ashargin Poiré : Donc on est parti sur l'animation et on a fait un pilote, pour voir si on pouvait réellement faire ce biopic de cette façon, et pour se rendre compte si l'animation allait coller à l'univers de Pagnol. A l'époque, le projet s'appelait Pagnol le magicien. Mais le film a un peu changé et est devenu Marcel et monsieur Pagnol : ça a beaucoup de sens puisque qu'au début de notre histoire, Pagnol a arrêté le cinéma, et le magazine Elle lui commande l'écriture de ses souvenirs d'enfance. Il a du mal à s'en rappeler et le petit Marcel, enfant, lui apparaît. Il va le faire replonger dans le passé pour revivre tout son parcours et retrouver ses racines, d'où il vient et comment il est devenu auteur. Tout ce qu'il a traversé, tout ce qui l'a touché... Mais aussi les fantômes de sa mère et de son frère, qui l'ont accompagné toute sa vie.

Le film se focalise sur le parcours artistique de Pagnol ou bien sa vie personnelle ?
Ashargin Poiré : Les deux, mais la majorité du film traite de son parcours professionnel, de la façon dont il devient un grand auteur et découvre le cinéma parlant. Et on utilise la magie de l'animation - son charme et son côté universel, très visuel et symbolique - pour restituer les acteurs et les grands noms de cette période. Car la vie de Pagnol, c'est une histoire du cinéma.

Aton Soumache : Sylvain Chomet a fait un travail artistique et graphique très important. Il y a évidemment une base documentaire, un peu biopic, mais l'idée est de dépasser ça. Notre mission - comme l'a fait Scorsese sur Méliès avec Hugo Cabret ou Howard Hugues avec Aviator -, c'est de trouver une manière très originale de traverser la vie de Pagnol. Le biopic d'animation est une forme qui n'a étrangement jamais été utilisée. D'autant plus par un génie de l'animation comme Sylvain Chomet : Marcel et Monsieur Pagnol, c'est le silence de Chomet qui rencontre la gouaille de Pagnol ! On y voit Pagnol à toutes les étapes de sa vie, ce qui donne au public de nombreuses portes d'entrées. C'est un film familial, qui parle à tout le monde. Et ce qui est génial, c'est qu'on accès à toute la matière bibliographique et à tous les assets de Nicolas Pagnol : on va retrouver les vrais éléments documentaires - les affiches, les pièces de théâtre - et même des archives de films en noir en blanc. Quand Pagnol regarde ses films, ce sont vraiment ses propres films !

Un choix visuel fort, que de mélanger l'animation et de vrais extraits de longs-métrages de Pagnol. Pas forcément évident.
Aton Soumache : C'est le cinéma qui regarde le cinéma, comme dans The Artist. Il existe un équilibre assez fragile entre la base documentaire - la réalité - et cette transcendance qu'apporte la magie de l'animation. On s'inspire de moments importants de sa vie et il se trouve que c'est quelqu'un qui a traversé l'histoire des technologies, de la modernité. Il a vu le monde changer de manière incroyable a accompagné tout ça en tant que pionnier et aventurier. Ce film, c'est une façon de revisiter notre histoire du cinéma de manière patrimoniale. C'est un destin et une épopée.

A quel moment Sylvain Chomet s'est imposé à la réalisation ?
Ashargin Poiré : Nous voulions une vraie proposition artistique pour parler de l'un des maîtres du cinéma. On avait pensé à Joann Sfar, parce qu'on avait adoré Gainsbourg (vie héroïque). On savait qu'il adorait Pagnol mais il commençait à préparer un tournage, donc ce n'était pas possible de travailler ensemble. Mais lui et Sylvain Chomet ont le même agent, et c'est ce dernier qui nous l'a proposé. Il se trouve que Pagnol était l'auteur préféré de Sylvain. Après s'être rencontrés, on a immédiatement décidé de travailler ensemble.

Les dialogues ne lui ont pas fait peur ?
Ashargin Poiré : Non, du tout. Et puis il en écrivait déjà pour ses bandes dessinées.

Aton Soumache : Je pense que le fait que ce soit Pagnol l'a décomplexé, car c'est une référence absolue en la matière.

De ce que j'ai pu en voir, le style de Chomet est très présent et en même temps le film tend vers autre chose.
Aton Soumache : Je dirais que c'est du Chomet solaire, du Chomet qui parle et qui est exposé au soleil. Il ramène une partie de Pagnol chez lui, mais dans le même mouvement, Pagnol va aussi vers Chomet. J'ai été très surpris de ce mélange quand j'ai vu le pilote.

Avez-vous déjà des comédiens en vue pour le doublage ?
Aton Soumache : On est en pleine réflexion là-dessus. On pense aller chercher des comédiens de la qualité d'Edouard Baer. On a beaucoup et d'envies et on espère former un sublime casting. Il faut simplement essayer de trouver des acteurs pertinents pour chaque rôle.

A quelle échéance pourra-t-on voir Marcel et Monsieur Pagnol dans les salles ?
Aton Soumache : D'ici deux ans. On en est au début du financement pour le moment, et Sylvain Chomet travaille déjà activement. En tout, 300-400 personnes vont travailler sur le film, dont une petite centaine seront impliquées de manière très longue. On prendra le temps qu'il faudra.

Vous visez également le marché international. Qu'est-ce que ça change dans la fabrication du film ?
Aton Soumache : Il ne fallait pas être que ce soit purement franco-français, puisque le film doit parler au monde entier. Je veux que les enfants et les jeunes adultes qui ne connaissent pas Pagnol vivent une expérience. On a beaucoup travaillé pour faire en sorte que le film soit référencé, mais que le public n'ait pas forcément besoin de ces références pour être traversé par les émotions du film. Si tu connais Fernandel, évidemment, c'est certainement plus amusant. Mais Marcel et Monsieur Pagnol fonctionne aussi sur des codes universels de personnages très forts.

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