Ocean's Twelve ou l'art de faire un cinéma de faussaire avec des stars [critique]
Warner Bros

Vincent Cassel essaye d'entourlouper Brad Pitt et George Clooney, ce soir sur TMC.

Résisterez-vous à l’appel de Brad Pitt, George Clooney et leurs complices, ce soir ? Ocean’s Twelve est une suite directe d’Ocean’s Eleven, rediffusé jeudi dernier sur TMC. Après son braquage mémorable, l’équipe s’est rangée. Chacun profite de son pactole jusqu’au jour où un voleur hors pair livre leurs noms auprès de Terry Benedict (Andy Garcia). Ce dernier n’y va pas par quatre chemins : ou ils rendent l’argent qu’ils ont volé, ou il les massacre. Ils ont quinze jours pour réunir la somme de 198 millions de dollars.

Au box-office, Ocean's Twelve a réalisé un joli braquage : 362,7 millions de billets verts ont été amassés par ce film en 2007. Cette suite a également permis à Vincent Cassel de se faire connaître à Hollywood : c’est lui qui interprète le voleur qui se croit plus malin que tout le monde…

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Cette suite vaut-elle le coup d'oeil pour autant ? A sa sortie, la rédaction de Fluctuat (partenaire de Première) était quelque peu mitigée, regrettant la vacuité de l'intrigue de cette suite, tout en avouant ne pas pouvoir quitter l'écran des yeux. Voici la critique :

Steven Soderbergh aura au minimum inventé une chose avec "Ocean's 11" et sa suite "Ocean's 12" : l'art de faire un cinéma de faussaire avec des stars. Un cinéma chic, cheap, assumant sa vacuité et lançant à la face du monde que le propre avec Hollywood sera toujours de se faire avoir.


Ocean's Eleven était une arnaque déguisée en film de braquage, Ocean's Twelve est une arnaque tout court. Le premier se donnait à voir pour ce qu'il n'était pas et représentait en soi une escroquerie, le second affiche immédiatement qu'il sera roublard, futile et superficiel. Il pose d'emblée que l'important ne sera jamais le coup et son suspens, ni sa mise en scène ou son montage, mais les stars et leurs gardes robe. Le reste n'est qu'habillage, manière d'entretenir du glamour avec bagou le plus longtemps possible, jusqu'à épuisement.Suite de l'épisode précédent : Clooney et sa bande ont dérobé quelques 200 millions de dollars à Andy Garcia. L'ayant plutôt mauvaise, l'intéressé saute sur l'occasion de faire payer sa dette aux as de la cambriole qui entre-temps vivent tous une nouvelle vie et dépensent leur argent. Parée de ce prétexte, la bande s'embarque pour l'Europe où elle croisera sur son chemin la star du cambriolage Vincent Cassel. Un Français arrogant et malin, sorte de cambrioleur chic et choc en complet blanc lançant un défi à la bande pour savoir lequel d'entre eux est le meilleur. A la clé : la dette remboursée et la liberté. L'objet du délit : un oeuf Fabergé.

Ainsi, Ocean's Twelve est-il d'une vacuité absolue mais double. D'abord parce qu'il n'a rien à raconter et qu'il ne s'en cache pas, ensuite parce qu'il pose ce principe comme un leitmotiv. L'idée consiste à faire du film une arnaque en soi, du début à la fin. C'est nous faire croire qu'il se passe quelque chose, ici un dialogue, là un casse, alors qu'il ne se passe rien. Qu'il s'agit seulement de gesticuler, d'agiter sa caméra, de faire semblant, en bref de gagner du temps (ou en faire perdre, au choix). La différence réside donc ici dans le fait que Soderbergh ne cache même plus le vide autour duquel tourne le film. Le casse ? Il est secondaire, on le racontera en flash back, histoire de faire durer le plaisir, d'entourlouper un peu plus le client. Soderbergh ne fait aucun effort, il filme et monte le tout avec alternance de transitions cheap et de moments faussement décontractés. On passe d'une scène à une autre sans que l'image soit travaillée, sans faire de cette roublardise un véritable exercice de style.En tentant de pactiser d'office avec le spectateur, Soderbergh n'arrive pas même à faire croire que l'escroquerie valait la peine de se laisser flouer. A l'exception de Catherine Zeta-Jones, le glamour et le fétichisme des corps ne trouvent même aucun moment de vraie célébration devant la caméra de l'artiste zélé. Pour aimer se faire avoir, encore faut-il que ce soit en beauté, avec délice, qu'il y ait de la saveur. Et ce ne sont pas ces artifices fauchés, ces coups de zoom et son montage éclaté qui arrivent à convaincre. On en a vu d'autre.

Malgré tout - et là le film de Soderbergh a son effet pervers -, on reste. On pourrait sortir avant la fin, mais non. L'entreprise est d'une telle futilité que pour là un visage, ici un dialogue, pour des détails insignifiants, on s'attache encore un peu aux images. Pour le simple plaisir de se voir en train de se faire avoir pour rien.

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