Halston Netflix
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Un joli biopic, bien qu'un peu engourdi, qui nous fait découvrir un couturier américain de légende, incarné avec fougue par l'acteur écossais.

Peut-on jouer une icône gay en 2021, sans être gay soi-même ? Le dilemme chiffonne Hollywood depuis quelques temps, mais Ewan McGregor ne se pose pas la question. Lui qui avait déjà brillé en amant tendre et insouciant de Jim Carrey dans I Love Phillip Morris au cinéma, incarne pour Netflix un Halston lumineux, attachant mais aussi sombre et torturé, portant sur ses épaules ce biopic classique et efficace, bien qu'un peu routinier. Une mini-série originale en 5 épisodes, à découvrir sur la plateforme dès ce vendredi.

Pour ceux qui ne connaissent rien à la mode (et c'est mon cas), Roy Halston fut le premier couturier star de la l'Amérique. Après avoir coiffé Jackie Kennedy de son bibi rose légendaire en 1961, lors de l’investiture de JFK,  le tout jeune Halston, 29 ans, commence à gravir les échelons du milieu, bien aidé par sa muse et amie Liza Minnelli, dont il conçoit les tenues de scène. Considéré comme l'enfant prodige de la mode US, en opposition aux légendaires designers français et italiens, Halston va se faire une place sous les strass et les paillettes, aux côtés des stars des 70's que furent Lauren Bacall, Elizabeth Taylor et tant d'autres.


Après avoir peint Gianni Versace avec brio dans la saison 2 de son American Crime Story, mêlant thriller macabre et ambiance rococo réjouissante, le prolifique Ryan Murphy signe pour Halston un biopic nettement plus conventionnel. Le scénariste (qui n'est pas crédité comme créateur mais qui a co-écrit la plupart des scripts avec son camarade de toujours, Ian Brennan) déroule son histoire de Cendrillon avec une forme de classicisme qu'on ne lui connaissait guère. Une narration linéaire quelque peu paresseuse, depuis sa jeunesse miséreuse au fin fond du très conservateur état d'Indiana, puis ses débuts prometteurs à New York, avant la gloire et la fortune dans les années 70, et la déchéance dans les années 1980.

Un parcours des plus romanesques, sur lequel brode la série avec insistance, quitte à romancer ostensiblement, mais qui explore avec passion les coulisses de la mode américaine. Le clou du spectacle étant sans aucun doute l'épisode 2, qui raconte la méconnue "bataille de Versailles" de 1973, chapitre mythique de l'histoire du stylisme mondial, quand les couturiers américains sont venus défier les couturiers français sur leur terrain, sous couvert d'une levée de fonds pour rénover le palais en train de sombrer. Une bataille de créateurs légendaire, qui a permis aux designers complexés de l'Oncle Sam de prendre une certaine revanche face au mépris des Pierre Cardin et autres Hubert de Givenchy. La série y va avec de gros sabots manichéens, déclarant une guerre Europe vs. USA, au cours de laquelle on entend quand même des "Yves Saint-Laurent, ce fils de pute..." Mais le spectacle devient vite envoûtant, notamment quand Liza Minelli monte sur scène et fait basculer l'événement dans une autre dimension.

Halston
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C'est d'ailleurs certainement la partie la plus réussie de Halston. Les auteurs décrivent avec soin la relation que le couturier a entretenu avec la légende du music-hall. Krysta Rodriguez, ancienne star de Broadway, vue aussi dans Smash, fait la démonstration de tout son talent scénique et campe une Liza solaire et terriblement attachante. Son duo avec Ewan McGregor sonne merveilleusement juste. Parce que l'acteur écossais livre également une performance éblouissante. Avec un charisme dévorant, il prend toute la place dans chaque plan, caché derrière les énormes lunettes noires du designers pétri de souffrances intérieures. Avec son sourire carnassier, il rayonne comme à ses plus belles heures de Big Fish.

"S'il s'agissait davantage d'une histoire centrée sur la sexualité de Halston, alors peut-être qu'un acteur homosexuel aurait dû jouer ce rôle. Mais j'y ai beaucoup réfléchi et en fin de compte, j'ai l'impression que cela n'était qu'une petite partie de celui qu'il était", se défend l'Ecossais dans le Hollywood Reporter. Et indéniablement, Ewan McGregor est bluffant en Halston. Pas de débat. Mais comme le disait avec tellement de pertinence et une pointe d'amertume l'acteur de Pose, Billy Porter, en 2019, "les hommes hétérosexuels qui jouent aux homosexuels, tout le monde a envie de leur donner des prix !"