Bilan 3ème jour festival de Cabourg 2023
Roger Arpajou/ Condor Distribution/ Disney +

Chaque jour, retour sur les temps forts de l’édition 2023 du festival du film romantique.

Le film du jour : Une zone à défendre de Romain Cogitore

Pour son tout premier film français original, la plateforme Disney + a frappé fort en allant dans un registre où on ne l’attendait pas. Avec Une zone à défendre, Romain Cogitore (L’Autre continent) explore l’univers des ZAD mais par un prisme original, celui de l’infiltration d’une de celles- ci par un officier de la DGSI pour la déstabiliser et la miner de l’intérieur avant qu’il ne tombe amoureux d’une des militantes et découvre quand il retourne 18 mois après sur place, que celle- ci a accouché d’un enfant dont il est le père. Cogitore mène de front thriller, film politique et récit d’un coup de foudre mis à mal par le conflit entre passion et raison dans la tête de son personnage central. Rythmé, dominé par une tension qui ne se dément jamais, remarquablement mis en images par Julien Hirsch (Lady Chatterley, L’Exercice de l’Etat), Une zone à défendre est un film clairement engagé dans un camp - celui des militants - mais sans pour autant résumer, loin de là, son récit à un affrontement entre le bien et le mal, la description de la vie quotidienne de la ZAD et des relations tendus entre ses membres notamment sur le poids parfois violemment écrasant du collectif par rapport à l’individu ou une méfiance généralisée créent un climat loin de l’image d’Epinal de la franche camaraderie qu’on nous vend parfois. Co-écrit avec Thomas Bidegain et Catherine Paillé (Le Sixième enfant), le scénario aurait gagné à rester dans une ambiance noire qui découle du choix impossible de son héros entre trahir sa fonction et celle qu’il aime (qui évidemment ne sait rien de ses activités) mais la manière dont le duo François Civil (que Cogitore avait déjà dirigé en 2011 dans Nos résistances) et Lyna Khoudri s’emparent de leur personnage gomme nombre de ses défauts. Les partenaires des Trois mousquetaires confirment leur alchimie à l’écran et densifient par leur interprétation la profondeur et les nuances du récit.

Disponible sur Disney + le 7 juillet 2023


 

La réalisatrice du jour : Eva Husson avec Entre les lignes

Parfois Cannes peut vous faire passer du rêve au cauchemar et le tremplin attendu d’une sélection en compétition se métamorphoser en boulet aux pieds dont il devient impossible de se défaire. Eva Husson en a fait l’amère expérience dans la foulée du très mauvais accueil reçu sur la Croisette en 2018 par Les Filles du soleil. Projeté hors compétition à Cannes en 2021, son film suivant, alors intitulé Mothering Sunday, était passé inaperçu au point de n’avoir pas connu de sortie en salles. Et le voilà donc qui ressurgit deux ans plus tard, avec un titre et un distributeur (Condor) français, qui permet de le redécouvrir et de rehausser le premier avis qu’on avait pu s’en faire. Cette adaptation du Dimanche des mères de Graham Swift nous propulse dans l’Angleterre de 1924 et met en scène l’amour impossible entre un jeune aristocrate (Josh O’Connor, le Prince Charles de The Crown) et la femme de chambre d’un manoir voisin, alors que le premier est promis à une autre. Un récit en apparence classique – et qui assume son classicisme avec la belle lumière créée par Jamie Ramsay, le directeur de la photo de She will – que vient casser son récit gigogne fait d’aller- retour entre les différentes époques de la vie de son héroïne et les épreuves multiples qu’elle a traversées et qui ont fait naître en elle une vocation d’écrivain, recouverte de prix. Et dans ce rôle (joué, âgée, par Glenda Jackson, disparue voilà quelques jours, dans son ultime apparition sur grand écran), l’australienne Odessa Young – la vraie raison d’aller à la découverte film, toutes affaires cessantes – crève l’écran, magnifiée par le regard que pose sur elle une réalisatrice dont on connaît depuis Bang gang le plaisir à filmer et célébrer la sensualité des corps.

En salles le 27 septembre 2023


 

Le duo du jour : Anaïs Demoustier et Vincent Lacoste dans Le Temps d’aimer

Amis dans la vie, Anaïs Demoustier et Vincent Lacoste avaient déjà partagé les affiches de Deux fils de Félix Moati et Fumer fait tousser de Quentin Dupieux. En 2022, c’est même elle qui lui a remis sur la scène de l’Olympia le César du meilleur second rôle qu’il a obtenu pour Illusions perdues. Dans Le Temps d’aimer, ils campent sur plus de 20 ans, de la Libération aux années 60, une serveuse dans un hôtel- restaurant du bord de mer et un étudiant riche et cultivé, porteurs l’un et l’autre de secrets enfouis, qui vont peu à peu ressurgir au fil de leur d’histoire d’amour mouvementée. Aux commandes de ce long métrage, Katell Quillévéré s’aventure dans le mélo romanesque avec un M et un R majuscule, sans jamais reculer devant les émotions qu’il suscite mais à l’inverse en les célébrant, en poussant les curseurs au maximum. Et s’appuis pour cela sur l’abattage, la justesse, la finesse de ses interprètes capables de tenir sans fléchir leurs personnages en traversant les époques et les coups pendables du destin, avec un travail particulier sur la précision du jeu corporel qui permet de redécouvrir un Lacoste loin de son emploi habituel.

En salles le 29 novembre 2023