Affiches Films à l'affiche mercredi 7 février 2024
Ad Vitam/ Condor/ Diaphana

Ce qu’il faut voir en salles

L’ÉVÉNEMENT
LA BÊTE ★★★★☆

De Bertrand Bonello

L’essentiel

Avec cette histoire d’amour qui parcourt trois époques sur fond de science-fiction, Bertrand Bonello réussit un fascinant mélo porté par l’étincelante Léa Seydoux.

Avec cette libre adaptation du roman d’Henry James La Bête dans la jungle, Bonello signe un flamboyant mélodrame aux airs futuristes où une grande histoire d’amour contrariée se déploie sur trois temporalités. En l’an 2044, alors que l’Intelligence Artificielle domine le monde et supprime les émotions humaines, Gabrielle doit en effet replonger dans ses vies antérieures pour se débarrasser de ses affects. Elle se trouve alors confrontée à un amour qui traverse les âges dans le Paris érudit de 1910 puis le Los Angeles paranoïaque de 2014. Bonello parvient miraculeusement à dépeindre trois époques aux atmosphères et aux tonalités très différentes, tout en gardant un fil rouge émotionnel mêlant la peur d’aimer et la certitude qu’une catastrophe va arriver. Une cohérence sentimentale rendue possible par la sidérante performance de Léa Seydoux.

Damien Leblanc

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PREMIÈRE A AIME

GREEN BORDER ★★★☆☆

De Agnieszka Holland

Avec la Méditerranée, la frontière entre la Belarus et la Pologne constitue l’autre porte d’entrée européenne pour ceux qui fuient la misère dans leurs pays. Et c’est cette zone qu’Agnieszka Holland a décidé de raconter avec son nouveau film, honni dans son pays où le Ministre de la Justice polonais d’extrême- droite l’a comparé à de la propagande nazie. Une réaction qui en dit long sur le choc suscité par la découverte de cette fresque évidemment engagée mais sans verser dans la facilité manichéenne. On y suit une famille syrienne tentant de rejoindre illégalement la Suède, confrontée à des militaires polonais qui les traitent pire que des animaux. Puis Holland va dézoomer, multiplier les points de vue, montrer aussi les Polonais qui apportent leur soutien à ces populations en souffrance. Ce faisant, elle apporte de la nuance à cette question souvent traitée de manière binaire mais sans pour autant s’effacer derrière elle. La preuve avec son parti pris de réalisation en noir et blanc, qui met de la distance entre le spectateur et la violence brute et évite ainsi tout sensationnalisme. 

Thierry Cheze

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LE ROYAUME DE KENSUKE ★★★☆☆

De Neil Boyle et Kirk Hendry

Cette adaptation d’un roman de Michael Corpurgo (l’auteur de Cheval de guerre) met en scène un gamin de 11 ans qui, embarqué dans un tour du monde à la voile par ses parents, passe par- dessus bord pendant une tempête et se retrouve échoué sur une petite île habitée par un ancien soldat japonais ayant pour seuls compagnons des orang- outangs devenus ses amis. Construit sur la manière dont ces deux- là vont apprendre à s’apprivoiser et fraterniser, Le Royaume de Kensuké se vit comme une fable écologique au cœur d’une nature et de ses animaux sauvages menacés par des êtres humains sans scrupule contre lesquels le duo va mener un combat sur le papier disproportionné. Sans atteindre la maestria d’une Tortue rouge, Le Royaume de Kensuké évite cependant toute facilité pleurnicharde, grâce à un scénario qui n’élude pas une certaine violence et la beauté sobre de son animation. Du moins jusqu’à sa dernière ligne droite un peu trop simpliste au regard de tout le reste.

Thierry Cheze

LES TOUTES PETITES CREATURES ★★★☆☆

De Lucy Izzard

Apprendre en s’amusant ! tel est le credo de la dernière création des studios Aardman. Les toutes petites créatures du titre sont d’adorables petites boules de pâtes à modeler munies de paires d’yeux. Adressée aux tout petits, cette succession de courts épisodes de quelques minutes met en scène cette nouvelle génération de Barbapapa en pleine découverte de leur environnement. Par le jeu et l’expérimentation, ces petites créatures apprennent la joie, le plaisir mais aussi la peur, la tristesse et l’importance de l’amitié. L’utilisation du stop- motion, technique signature du studio, apparaît comme une évidence, renvoyant immédiatement au plaisir enfantin de pétrir la pâte à modeler, de fabriquer et créer à partir de la matière brute. Une introduction parfaite à l’univers Aardman !

Elias Zabalia

ELAHA ★★★☆☆

De Milena Aboyan

À l'aube de son mariage, Elaha, jeune femme kurde vivant en Allemagne, entame une course contre la montre lorsqu’elle décide de se faire reconstruire l'hymen. Et quelle expérience plus brutale que celle d’une femme cherchant à se réapproprier son propre corps ? Un corps qui n'a jamais été le sien, tantôt propriété du père, tantôt domaine du mari. Ce questionnement sur la virginité et l’oppression se retrouve cici sublimé par une mise en scène incisive : avec ce cadre toujours très serré sur une Elaha suffocante à mesure que la cérémonie approche, le spectateur devient envahisseur de son espace personnel. Une position privilégiée qui se retourne contre lui : à différents moments où Elaha fait des choix discutables, elle lance un regard caméra, perce le quatrième mur, et pose au spectateur une question fondamentale. « Qui êtes vous pour juger ? »

Lucie Chiquer

 

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PREMIÈRE A MOYENNEMENT AIME

DAAAAAALI ! ★★☆☆☆

De Quentin Dupieux

Dupieux a le sens du gag. L’efficacité de celui qui ouvre son nouveau film voyant un Dali edouardbaerisé marcher dans un couloir d’hôtel sans fin suffirait presque à notre bonheur. L’artiste autosatisfait cherche ici à rejoindre une jeune journaliste et repartira illico dans l’autre sens une fois prévenu qu’aucune caméra ne sera là pour immortaliser l’entretien. S’opère alors une mise en abîme bricolo-rigolote autour de la représentation et des traces qu’elle laisse sur un tableau, un petit ou un grand écran, un rêve voire sur le visage des multiples acteurs qui incarnent le rôle-titre… Un peu partout donc, sauf peut-être dans l’imaginaire du spectateur. C’est un problème récurrent chez le cinéaste qui a défaut d’offrir une vision sensible est plus préoccupé par l’aspect publicitaire de son propre univers.

Thomas Baurez

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PREMIERE N’A PAS AIME

RACE FOR GLORY : AUDI VS LANCIA ★☆☆☆☆

De Stefano Mordini

Le monde du rallye ayant jusqu’ici peu inspiré le grand écran, on attendait avec curiosité la manière dont Stefano Mordini allait s’en emparer et ce d’autant plus que ce dernier a choisi d’aborder sa période la plus haletante (les années 80) à travers un angle précis : la guerre entre les deux constructeurs alors rois, Audi et Lancia. Et la déception va bien au- delà de l’attente ! D’abord car dans cet univers moins filmé par la TV que la F1 et laissant donc plus de liberté dans la mise en images des courses, il n’y a pas le début du commencement d’une idée de comment les filmer. Ensuite parce que, alors que la période était riche en champions haut en couleur (dont la française Michèle Mouton, seule femme dans ce monde d’hommes, ici quasiment), Race for glory enferme ses personnages dans des archétypes usés et usants (l’Italien truqueur contre l’Allemand strict). Bilan :  93 minutes d’un ennui abyssal.

Thierry Cheze

 

Et aussi

Cocorico, de Julien Hervé

Le Dernier jaguar, de Gilles de Maistre

Opération Portugal 2 : La Vie de château, de Frank Cimière

Les Petits singuliers, programme de courts métrages

Roquette et les mal- aimés, de Hélène Ducrocq

 

Les reprises

Astérix- Le Secret de la potion magique, de Alexandre Astier et Louis Clichy

Astérix- Le Domaine des Dieux, de Alexandre Astier et Louis Clichy

Dune, de Denis Villeneuve

L’Enfer des armes, de Tsui Hark

A lire aussi sur Première

Daaaaaali ! : Dupieux déçoit une fois encore [critique]

Le cinéaste multiplie les incarnations du peintre pour une mise en abyme un peu vaine sur les mystères de la représentation rehaussée par le génie comique de Jonathan Cohen et Edouard Baer.

La Bête : Léa Seydoux exceptionnelle [critique]

Avec cette histoire d’amour qui parcourt trois époques sur fond de science-fiction, Bertrand Bonello réussit un fascinant mélo porté par son étincelante comédienne principale.