Depuis 2000, les scènes de sexe dans les films hollywoodiens ont chuté de 40%
Sony Pictures Releasing France

Le cinéma serait-il devenu pudique ? La question s’est posée après qu’un analyste révèle que le sexe à l’écran disparaît peu à peu.

Dans l’histoire du cinéma hollywoodien, la nudité et le sexe ont été soumis à la censure. Il était autrefois interdit de montrer une relation à l’écran sous peine de voir son film révisé ou pire retiré de la distribution. Pour contourner cette règle, les réalisateurs ont fait preuve d’ingéniosité – à la manière des feux d’artifices utilisés par Alfred Hitchock dans La Main au collet pour suggérer un ébat sexuel entre Grace Kelly et Gary Cooper. Pendant trente ans, le Code Hays a régulé le sexe à l’écran, jusqu’à sa disparition totale en 1966. Depuis, les corps sont montrés parfois rapidement comme dans Basic Instinct, parfois en longueur comme dans la scène finale de Saltburn. Pourtant, il semblerait que le sexe à l’écran soit de moins en moins présent.

Saltburn
Prime Video

Récemment, l’analyste britannique Stephen Follows a mené l’enquête sur les 250 films les plus rentables aux États-Unis depuis le début du siècle. En prenant en compte les classifications des organismes cinématographiques classant les scènes de sexe d’aucune à sévères, Follows a constaté qu’il y a moins de contenu à caractère sexuel au cinéma avec une chute de 40%. Repris par le média The Economist, les résultats de cette étude sont sujets à interprétation :

"Certains ont le sentiment que Hollywood est entré dans une ère puritaine et blâment le mouvement #MeToo, l’omniprésence du célibat dans les films de super-héros, ainsi que la nécessité de plaire aux marchés étrangers. D’autres ne sont pas d’accord et prennent en exemple les scènes hautement explicites dans les récents films comme Fair Play et Poor Things, qui incluent des scènes de sexe dans des toilettes publiques et des bordels."

Alors plus ou moins de sexe ? Connu pour son cinéma sulfureux, Paul Verhoeven (Show Girl, Basic Instinct), reprochait à l’époque de Benedetta aux films mainstream d’être trop lisses et de ne plus parler de sexe. C’était en 2022. Les résultats de cette analyste lui donneraient-ils raison ?

Paul Verhoeven trouve que les derniers James Bond manquent de sexe

Si la présence de contenu explicite a chuté de 40%, le sentiment des spectateurs semble suivre la tendance inverse. Selon eux, il y aurait au contraire plus de scènes de sexe. Comment expliquer cette divergence ? Pour Stephen Follows, il y a certes moins de scènes de sexe, mais celles demeurantes sont plus graphiques et retiennent donc notre attention. Le constat est là : Game of Thrones, Euphoria etc. Toutes ces récentes séries ont montré du sexe en quantité et souvent de manière crue. Cette banalité et gratuité de l'acte sexuel a fini par susciter un ras-le-bol collectif et une remise en question de la part des créateurs. Ainsi, plus les saisons avancaient et moins Game of Thrones ne contenait de scènes de sexe – de même pour la spin-off House of the Dragon.

Euphoria
HBO

Le sexe à l’écran est vivement remise en question ces dernier temps et plus particulièrement chez les plus jeunes qui selon une étude menée fin 2023 par l’Université de Californie UCLA souhaiteraient voir moins de sexe dans leurs programmes. Au total, presque 48% des adolescents et jeunes adultes ont le sentiment que "le sexe n’est pas nécessaire à l’intrigue dans la plupart des séries télévisées et films."

Passé par là, le mouvement #MeToo. Depuis l’affaire Weinstein et les nombreuses révélations faites par les actrices au sujet des violences sexuelles, l’industrie cinématographique est plus vigilante lorsqu’il s’agit de mettre en scène des moments d’intimité entre les acteurs. Désormais, la plupart des scènes de sexe que l’on voit à l’écran sont discutés en amont et travaillés avec des coordinateurs d’intimité. Le sexe est régularisé pour respecter les limites de chacun. Au risque de décevoir Sean Bean qui avait critiqué la présence de ces professionnels sur le plateau au risque de perdre la "spontanéité" de l’action, les coordinateurs d’intimité sont désormais indispensables pour chorégraphier, comme des cascades, le sexe à l'écran.

Ainsi, dans la série romantique Outlander où les personnages principaux sont souvent animés par la passion, Sam Heughan (Jaime Fraser) a demandé la présence d’une coordinatrice d’intimité pour la saison 6 :

"Avoir quelqu'un d'autre qui est là pour nous aider à explorer l'intimité, les relations amoureuses et la situation est vraiment bon pour apporter un plus à la relation de Jamie et Claire. J'espère que les gens verront que, d'une certaine manière, ils sont plus intimes."

https://www.premiere.fr/Series/News-Series/House-of-the-Dragon-cette-scene-de-sexe-preparee-pendant-7-mois

Moins de sexe gratuit mais plus de sexe réfléchi, nécessaire et calculé. Voilà le mantra qui a permis à un film comme Poor Things (mettant en scène Emma Stone en Bella Baxter, une jeune femme libérée de toute jonction patriarcale, intellectuellement et sexuellement) de dépeindre du contenu sexuel explicite sans avoir l'air d'en faire trop. Lors de la conférence de presse française, l’actrice avait d’ailleurs déclaré :

"Yorgos (Lanthimos) tenait à ce qu'il y ait une coordinatrice d’intimité. Elle était formidable, je l’ai rencontré et je me suis dit ‘Comment ai-je pu penser ne pas avoir besoin d’elle ?’. Je ne m’y connaissais pas assez sur le sujet. J’ai une telle reconnaissance envers ces gens. Ils aident à nous mettre à l’aise mais aussi à chorégraphier les scènes. L’environnement est tellement mieux avec eux. Elle était formidable et je comprends mieux pourquoi ces gens sont indispensables dans le métier."

La preuve que l’on peut toujours faire des films avec des scènes de sexe et qui fonctionnent au près du public. Le cinéma ne serait pas plus pudique mais tout simplement plus conscient.

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